{"id":421,"date":"2026-05-03T23:53:18","date_gmt":"2026-05-03T23:53:18","guid":{"rendered":"https:\/\/iafdd.org\/?p=421"},"modified":"2026-05-03T23:53:18","modified_gmt":"2026-05-03T23:53:18","slug":"confiance-et-developpement-economique-en-afrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/2026\/05\/03\/confiance-et-developpement-economique-en-afrique\/","title":{"rendered":"Confiance et d\u00e9veloppement \u00e9conomique en Afrique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une \u00e9conomie de march\u00e9, la confiance joue un r\u00f4le fondamental pour l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique. La protection des droits de propri\u00e9t\u00e9, la pr\u00e9visibilit\u00e9 des d\u00e9cisions de justice, la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 prendre des d\u00e9cisions inform\u00e9es et \u00e9quitables, entre autres, sont toutes des facteurs qui d\u00e9terminent le niveau de confiance des agents \u00e9conomiques, et par cons\u00e9quent, leur propension \u00e0 investir dans des relations d\u2019affaires.<br>Dans les pays africains, les r\u00e9sultats de la plupart des enqu\u00eates de perception indiquent un niveau minimal de confiance des acteurs aussi bien nationaux qu\u2019internationaux, dans les r\u00e8gles et pratiques gouvernant les relations d\u2019affaires. Pour attirer les capitaux et booster les investissements \u00e9trangers comme domestiques, les pays du continent devront d\u00e9ployer d\u2019importants efforts, en vue de mettre \u00e0 niveau leur capital confiance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>D\u00e9faillances institutionnelles et d\u00e9ficit de confiance en Afrique<\/strong><br>Dans les manuels de base de l\u2019\u00e9conomie et de la finance, deux importants d\u00e9terminants de l\u2019investissement sont mis en \u00e9vidence\u00a0: la rentabilit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration envisag\u00e9e. Alors que la rentabilit\u00e9 fait r\u00e9f\u00e9rence au niveau de profit esp\u00e9r\u00e9 de l\u2019investissement, la s\u00e9curit\u00e9 fait plut\u00f4t r\u00e9f\u00e9rence au niveau de confiance des acteurs quant \u00e0 la qualit\u00e9 des institutions gouvernant les affaires dans un pays, \u00e0 leur pr\u00e9visibilit\u00e9 et \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 des acteurs en charge d\u2019arbitrer les in\u00e9vitables conflits provenant des relations d\u2019affaires. En d\u00e9pit des apparences, les niveaux de rentabilit\u00e9 de l\u2019investissement priv\u00e9 en Afrique sont les plus \u00e9lev\u00e9s au monde. Alors que le taux de rendement moyen des investissements directs \u00e9trangers est de 14% en Afrique, il ne d\u00e9passe pas les 9% en Asie et en Am\u00e9rique latine, et se situe \u00e0 des niveaux plus faibles dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s (OCDE 2023).<br>Par contraste, le continent enregistre le plus faible niveau d\u2019investissements priv\u00e9s dans le monde, refl\u00e9tant ainsi une faible qualit\u00e9 de l\u2019environnement de l\u2019entreprise et les risques per\u00e7us concernant le succ\u00e8s de toute entreprise priv\u00e9e en Afrique. L\u2019Afrique ne re\u00e7oit qu\u2019entre 4 et 6% des investissements directs \u00e9trangers internationaux, malgr\u00e9 les atouts consid\u00e9rables dont il dispose\u00a0: une part pr\u00e9pond\u00e9rante des ressources naturelles mondiales, une d\u00e9mographie dynamique, une classe moyenne en constante augmentation, et surtout un faible niveau de saturation de la consommation pour un tr\u00e8s grand nombre de biens et services. Concernant la part de l\u2019Afrique dans la dette publique mondiale, elle reste marginale \u00e0 seulement moins de 7%.<br>Si l\u2019argent est incontestablement plus rare en Afrique que dans le reste du monde, il y est, en revanche, bien plus cher, y provoquant une charge de la dette devenue de plus en plus insoutenable. En 2024, sur les 54 pays en d\u00e9veloppement consacrant plus de 10% de leurs recettes fiscales au paiement des int\u00e9r\u00eats, la moiti\u00e9 \u00e9taient africains. Entre 2010 et 2022, le ratio services de la dette sur exportations est pass\u00e9 de 74% \u00e0 140%. Dans un rapport devenu maintenant tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre sur le co\u00fbt de la perception subjective du niveau de risque africain, le PNUD estimait \u00e0 24 milliards de dollars l\u2019exc\u00e8s des paiements au titre des int\u00e9r\u00eats qui peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 la composante subjective des notations internationales et \u00e0 46 milliards le montant de financement \u00e9chappant aux pays africains du fait de mauvais ratings.<br>La marginalisation financi\u00e8re du continent dans l\u2019\u00e9conomie mondiale n\u2019est que la partie visible de l\u2019iceberg de l\u2019impact d\u00e9vastateur du d\u00e9ficit de confiance sur les indicateurs financiers africains. Les m\u00eames tendances concernant les flux financiers vers ces \u00e9conomies se font observer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle interne aux \u00c9tats concernant le financement du secteur priv\u00e9. Les cr\u00e9dits \u00e0 l\u2019\u00e9conomie rapport\u00e9s au PIB (mesure de la profondeur financi\u00e8re) sont parmi les plus faibles en Afrique, et le co\u00fbt du cr\u00e9dit au secteur priv\u00e9, en Afrique, est parmi les plus \u00e9lev\u00e9s au monde. Les pr\u00eats au secteur priv\u00e9 national, qui atteignent des pics de 160% du PIB en Asie, peinent ainsi \u00e0 d\u00e9passer les 25% en Afrique. Par contraste, le co\u00fbt du cr\u00e9dit sur les pr\u00eats domestiques, qui varie entre 2 et 6% en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, et 4 \u00e0 8% en Asie, atteint des pics de 20% en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des \u00e9conomies nationales plomb\u00e9es par un d\u00e9ficit de confiance<\/strong><br>Le manque de confiance des agents \u00e9conomiques dans les \u00e9conomies africaines se manifeste de plusieurs fa\u00e7ons. Si les enqu\u00eates d\u2019opinion, comme Afrobarom\u00e8tre, affichent des r\u00e9sultats fort inqui\u00e9tants concernant le faible niveau de confiance des populations africaines vis-\u00e0-vis de leurs institutions et de leurs dirigeants, les enqu\u00eates sur le niveau de d\u00e9veloppement du secteur priv\u00e9 africain mettent davantage l\u2019accent sur le manque de confiance dans les relations d\u2019affaires en Afrique, et ses implications sur les performances du secteur priv\u00e9 africain. Le faible niveau d\u2019ex\u00e9cution des contrats, et la faible protection des droits de propri\u00e9t\u00e9, notamment sur le foncier, sont cit\u00e9s parmi les plus importants obstacles au d\u00e9veloppement des affaires, en Afrique. Le financement bancaire est l\u2019un des domaines o\u00f9 le manque de confiance se fait sentir le plus. La part des cr\u00e9dits non performants (les cr\u00e9ances douteuses ou celles non rembours\u00e9es 90 jours apr\u00e8s l\u2019\u00e9ch\u00e9ance indiqu\u00e9e) repr\u00e9sente 11% de la totalit\u00e9 des pr\u00eats bancaires en Afrique (environ 70% dans certains pays), contre 6% pour la moyenne mondiale.<br>Il existe une litt\u00e9rature abondante, aussi bien en \u00c9conomie institutionnelle que dans d\u2019autres disciplines des sciences sociales, qui \u00e9tablit une tr\u00e8s forte corr\u00e9lation entre l\u2019absence de confiance dans les institutions formelles et le recours \u00e0 des institutions informelles alternatives, comme les r\u00e9seaux religieux et familiaux. Ces r\u00e9seaux informels qui polarisent l\u2019essentiel des activit\u00e9s productives en Afrique, \u00e9tablissent des codes de conduite et des m\u00e9canismes d\u2019ex\u00e9cution des contrats qui se substituent \u00e0 ceux dysfonctionnels, observ\u00e9s au niveau des institutions formelles. Bas\u00e9s sur les relations de confiance entre les membres, ils permettent des \u00e9changes d\u2019informations en leur sein et de flux financiers sous forme de pr\u00eats sans nulle autre pareille dans les cadres institutionnels formels. Par exemple, la g\u00e9n\u00e9ralisation de la tontine sous diverses formes, dans l\u2019espace public africain, est un cas d\u2019\u00e9cole bien document\u00e9. La constitution de communaut\u00e9s d\u2019affaires, qui se replient sur elles-m\u00eames, d\u00e9veloppent des r\u00e8gles sp\u00e9cifiques au groupe, et entretiennent des interactions minimales avec le reste de la soci\u00e9t\u00e9, est une r\u00e9alit\u00e9 africaine bien connue. Un inconv\u00e9nient de taille concernant la prolif\u00e9ration de ces r\u00e9seaux est qu\u2019ils confinent nos \u00e9conomies dans des modes de production obsol\u00e8tes incompatibles avec les niveaux de complexit\u00e9 et de volumes financiers, caract\u00e9ristiques du monde des affaires de nos jours.<br>Un autre signe de d\u00e9fiance de la population africaine vis-\u00e0-vis des institutions formelles est la part relativement faible de la population adulte disposant d\u2019un compte bancaire, qui culmine \u00e0 55%, contre une moyenne mondiale de 76% et une moyenne asiatique de 83%.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le cas du S\u00e9n\u00e9gal<\/strong><br>Le S\u00e9n\u00e9gal est loin de constituer une exception face \u00e0 cette tendance g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019indice de perception de la corruption, un indicateur de confiance des populations vis-\u00e0-vis de leurs \u00e9lites, est \u00e0 46% en 2025, en dessous de la moyenne de 50%. Si les r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate Afrobarom\u00e8tre sont plus favorables pour 2025, qui indiquent que 67% des populations sont satisfaites de l\u2019action du gouvernement dans la lutte contre la corruption, il y a toujours une proportion de 58% des citoyens estiment qu\u2019ils ne sont pas trait\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re devant la loi. Les enqu\u00eates sur les entreprises priv\u00e9es de la Banque Mondiale indiquent que le tiers des r\u00e9pondants pensent que l\u2019administration fiscale constitue un obstacle mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 s\u00e9v\u00e8re pour les affaires. Concernant la justice, seule une proportion de 35% des r\u00e9pondants indique avoir une confiance \u00e9lev\u00e9e dans la justice. Les entreprises y pointent l\u2019incertitude et l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 des d\u00e9cisions de justice, la difficult\u00e9 d\u2019ex\u00e9cuter les contrats et les lenteurs des proc\u00e9dures commerciales comme les principaux obstacles judiciaires \u00e0 la poursuite de leurs affaires. Les r\u00e9seaux bas\u00e9s sur la religion ou la parent\u00e9 existent au S\u00e9n\u00e9gal, avec le r\u00e9seau de la confr\u00e9rie Mouride \u00e9tant de loin le plus \u00e9tudi\u00e9 dans la litt\u00e9rature, et qui t\u00e9moigne du niveau \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9fiance d\u2019importants pans de la population pour les institutions formelles. Les r\u00e9sultats de nos enqu\u00eates sur les entreprises formelles et informelles des pays d\u2019Afrique francophone confirment cet \u00e9tat de fait \u00e0 maints \u00e9gards. Par exemple, 48% des entreprises du formel interrog\u00e9es et 88% des entreprises informelles indiquent recourir \u00e0 la famille \u00e9largie comme principale source pour recruter leurs employ\u00e9s, traduisant une confiance plus \u00e9lev\u00e9e qu\u2019inspirent les proches (Mbaye et al. 2025).<br>Le niveau de confiance est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la perception du public sur la qualit\u00e9 des institutions. Des droits de propri\u00e9t\u00e9 bien prot\u00e9g\u00e9s, notamment dans le domaine du foncier, des d\u00e9cisions de justice plus pr\u00e9visibles, des r\u00e8gles de droit plus stables dans le temps, une meilleure expertise judiciaire dans le domaine commercial, pourraient davantage booster la confiance des populations dans les institutions formelles et davantage rassurer les investisseurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une \u00e9conomie de march\u00e9, la confiance joue un r\u00f4le fondamental pour l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique. La protection des droits de propri\u00e9t\u00e9, la pr\u00e9visibilit\u00e9 des d\u00e9cisions de justice, la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 prendre des d\u00e9cisions inform\u00e9es et \u00e9quitables, entre autres, sont toutes des facteurs qui d\u00e9terminent le niveau de confiance des agents \u00e9conomiques, et par cons\u00e9quent, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":387,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"saved_in_kubio":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-421","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/421","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=421"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/421\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":422,"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/421\/revisions\/422"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/387"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=421"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=421"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=421"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}