{"id":500,"date":"2026-05-07T14:58:18","date_gmt":"2026-05-07T14:58:18","guid":{"rendered":"https:\/\/iafdd.org\/?p=500"},"modified":"2026-05-07T14:58:18","modified_gmt":"2026-05-07T14:58:18","slug":"leconomiste-ahmadou-aly-mbaye-analyse-les-forces-et-limites-du-projet-de-lfi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/2026\/05\/07\/leconomiste-ahmadou-aly-mbaye-analyse-les-forces-et-limites-du-projet-de-lfi\/","title":{"rendered":"L&#8217;\u00e9conomiste Ahmadou Aly Mbaye analyse les forces et limites du projet de LFI"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&#8217;\u00e9conomiste Ahmadou Aly Mbaye analyse les forces et limites du projet de LFI 2025<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/lapd.ucad.sn\/fr\/taxonomy\/term\/3\">Actualit\u00e9s<\/a>&nbsp;&nbsp;Dec 26, 2024<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019horizon budg\u00e9taire (une ann\u00e9e) est trop court-termiste pour permettre de d\u00e9celer des tendances de ruptures substantielles. L\u2019affirmation est de l\u2019\u00e9conomiste Ahmadou Aly Mbaye. Dans cet entretien, il revient sur les limites du budget, les risques d\u2019une forte pression fiscale, la rar\u00e9faction des ressources ext\u00e9rieures et surtout l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 pour les pays de la zone franc de conna\u00eetre une deuxi\u00e8me d\u00e9valuation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le budget 2025 traduit-il la rupture annonc\u00e9e dans le projet S\u00e9n\u00e9gal 2050 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les journalistes, comme le public s\u00e9n\u00e9galais, adorent souvent s\u2019adonner \u00e0 une lecture sensationnaliste du budget, pour donner des points en plus ou en moins aux diff\u00e9rents r\u00e9gimes politiques. Je voudrais juste vous inviter \u00e0 regarder le budget pour ce qu\u2019il est : un instrument de pilotage de l\u2019\u00e9conomie parmi tant d\u2019autres, avec une importance qui lui est propre et des limites qui lui sont propres. D\u2019abord, l\u2019horizon budg\u00e9taire (l\u2019ann\u00e9e budg\u00e9taire) est trop court-termiste pour permettre de d\u00e9celer des tendances de ruptures substantielles concernant l\u2019orientation de l\u2019\u00e9conomie. Ensuite, les pr\u00e9visions de recettes d\u00e9pendent fondamentalement des performances de croissance. Les imp\u00f4ts directs comme les imp\u00f4ts indirects d\u00e9pendent \u00e9troitement de la croissance du PIB. Bien cerner les risques sur la croissance du PIB et savoir les ma\u00eetriser d\u00e9termineront, pour une large part, le niveau de r\u00e9alisation des pr\u00e9visions budg\u00e9taires. Enfin, l\u2019espace fiscal dans nos pays est trop r\u00e9duit pour permettre des variations substantielles au niveau des dotations budg\u00e9taires. Ce qui fait que d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre on note certaines tendances lourdes dans les pr\u00e9visions budg\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quelles sont ces tendances lourdes ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y en a beaucoup. D\u2019abord, on note la forte d\u00e9pendance des ressources ext\u00e9rieures pour financer les d\u00e9penses budg\u00e9taires. Quand on vous dit que le d\u00e9ficit pour cette ann\u00e9e est estim\u00e9 \u00e0 environ 7% du PIB, il faut comprendre que c\u2019est de l\u2019argent qu\u2019il va falloir aller chercher, souvent par des emprunts ext\u00e9rieurs. Or, dans le contexte international actuel, il y a tr\u00e8s peu de ressources disponibles, pour les pays en d\u00e9veloppement en g\u00e9n\u00e9ral, et les pays africains en particulier. Depuis la Covid 19, les ressources concessionnelles se rar\u00e9fient. Par exemple, pour les pays africains, en g\u00e9n\u00e9ral, la dette souveraine priv\u00e9e qui ne repr\u00e9sente que 25% de l\u2019encours total, constitue 40% du service de la dette. Mais m\u00eame ces fonds priv\u00e9s fonds priv\u00e9s deviennent de plus en plus prudents concernant les perspectives de solvabilit\u00e9 des pays africains, tout comme les pr\u00eats provenant de la Chine. Ce qui fait que si vous prenez les pays en d\u00e9veloppement en g\u00e9n\u00e9ral, les transferts nets de capitaux vers l\u2019ext\u00e9rieur deviennent n\u00e9gatifs. Selon certaines estimations, les flux financiers vers les pays en d\u00e9veloppement sont pass\u00e9s de 225 milliards de dollars en 2014 \u00e0 seulement 51 milliards en 2022. Cela signifie que les paiements au titre du service de la dette, deviennent sup\u00e9rieurs, en montant aux nouveaux engagements financiers internationaux destin\u00e9s \u00e0 ces pays. La plupart de nos pays s\u2019endettent maintenant soit pour financer la consommation, soit pour rembourser d\u2019autres emprunts. Ce qui plombe d\u2019autant leurs perspectives de croissance. Si cette tendance lourde n\u2019est pas rompue, beaucoup de pays africains finiront t\u00f4t ou tard par avoir de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s \u00e0 importer les biens et services dont ils ont besoin pour fonctionner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les pays de la zone franc, le risque d\u2019une deuxi\u00e8me d\u00e9valuation n\u2019est plus qu\u2019une simple vue de l\u2019esprit. Pour les pays en d\u00e9veloppement, en g\u00e9n\u00e9ral, le risque de d\u00e9faut de paiement en cascade n\u2019est pas \u00e0 exclure. C\u2019est une perspective qui hante le sommeil de tous ceux qui se soucient de la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier international.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019autre tendance lourde sur laquelle je voudrais insister est le fait que le d\u00e9ficit se creuse d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e au S\u00e9n\u00e9gal. Cela montre que quelque part nous vivons au-dessus de nos moyens. Ce sentiment est confort\u00e9 par l\u2019observation d\u2019autres indicateurs. En particulier, la part de la masse salariale dans les recettes totales, qui fait environ 30%, suscite des interrogations. Qui plus est, cette part semble augmenter dans le temps. Ce qui, au-del\u00e0 du poids qu\u2019elle repr\u00e9sente dans le budget, a des implications sur l\u2019inflation et sur les salaires dans le priv\u00e9, qui ne sont pas d\u00e9connect\u00e9s des salaires dans le public. L\u2019autre indicateur justement c\u2019est le ratio du salaire mensuel \u00e0 la valeur ajout\u00e9e, qui est sup\u00e9rieure \u00e0 1 dans la plupart des secteurs d\u2019activit\u00e9. Cela signifie que les travailleurs sont pay\u00e9s plus que leur productivit\u00e9. Ceci pose dans l\u2019\u00e9conomie, un r\u00e9el probl\u00e8me de comp\u00e9titivit\u00e9, et g\u00eane aussi bien les exportations que l\u2019investissement priv\u00e9. Enfin, le dernier indicateur qui me vient \u00e0 l\u2019esprit, parlant de \u00ab vivre au-dessus de nos moyens \u00bb, c\u2019est le taux d\u2019\u00e9pargne, qui est trop faible, en rapport \u00e0 nos besoins d\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si on regarde tous ces \u00e9l\u00e9ments en m\u00eame temps, il est difficile, \u00e0 partir des seules pr\u00e9visions budg\u00e9taires, de pouvoir impulser les changements radicaux n\u00e9cessaires pour significativement transformer notre \u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Est-ce que le niveau de mobilisation des ressources internes est conforme \u00e0 la volont\u00e9 de s\u2019appuyer sur les ressources du pays ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut le voir comme \u00e7a. Je crois que c\u2019est une excellente option que de vouloir d\u2019abord compter sur la mobilisation des ressources domestiques, et seulement apr\u00e8s sur les ressources externes. Cependant, en le faisant, \u00e0 mon avis, il y a deux pi\u00e8ges \u00e0 \u00e9viter : d\u2019une part la fiscalisation des entreprises formelles qui d\u00e9couragerait davantage l\u2019investissement priv\u00e9, et d\u2019autre part, le fait de ne pas discriminer suffisamment entre les riches et les pauvres. En particulier, il faut utiliser l\u2019imp\u00f4t indirect avec prudence, pour \u00e9viter de davantage creuser les in\u00e9galit\u00e9s de revenu. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, les subventions pourraient \u00eatre davantage cibl\u00e9es vers les populations les plus d\u00e9munies. Mais il ne faut pas s\u2019arr\u00eater \u00e0 la mobilisation des ressources fiscales, il faut aussi mobiliser l\u2019\u00e9pargne domestique. Avec un taux d\u2019\u00e9pargne d\u2019environ 25% ; le S\u00e9n\u00e9gal fait mieux que la moyenne africaine de 19%, mais bien moins que la moyenne des pays asiatique o\u00f9 il est d\u2019environ 40%. On peut mobiliser l\u2019\u00e9pargne domestique par une plus grande inclusion financi\u00e8re des populations, notamment en augmentant le nombre de personnes disposant de comptes bancaires et en mettant sur le march\u00e9 de nouveaux produits de la fintech qui seraient susceptibles d\u2019\u00eatre adopt\u00e9s par un plus grand nombre de personnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>72 milliards de recettes d\u2019exploitation provenant des hydrocarbures. N\u2019est-ce pas trop faible ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis persuad\u00e9 que les choses changeront quand on atteindra la pleine capacit\u00e9 de production. Mais il ne faut pas s\u2019attendre \u00e0 ce que les hydrocarbures r\u00e8glent tous nos probl\u00e8mes. Beaucoup de pays africains producteurs de p\u00e9trole connaissent actuellement des retards de salaires d\u00e9passant les quatre mois en plus de coupures de courant et d\u2019eau d\u00e9passant les 48 heures par semaine. La bonne tenue de l\u2019\u00e9conomie est une exigence qui s\u2019impose \u00e0 tous les pays, producteurs comme non producteurs de ressources naturelles. Et c\u2019est cela qui d\u00e9terminera in fine les performances de notre \u00e9conomie, pas le volume de notre production d\u2019hydrocarbures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9conomiste Ahmadou Aly Mbaye analyse les forces et limites du projet de LFI 2025 Actualit\u00e9s&nbsp;&nbsp;Dec 26, 2024 L\u2019horizon budg\u00e9taire (une ann\u00e9e) est trop court-termiste pour permettre de d\u00e9celer des tendances de ruptures substantielles. L\u2019affirmation est de l\u2019\u00e9conomiste Ahmadou Aly Mbaye. 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