{"id":551,"date":"2026-07-27T10:57:45","date_gmt":"2026-07-27T10:57:45","guid":{"rendered":"https:\/\/iafdd.org\/?p=551"},"modified":"2026-07-27T10:59:25","modified_gmt":"2026-07-27T10:59:25","slug":"transition-energetique-afrique-quelle-efficacite-pour-les-restrictions-sur-le-financement-des-hydrocarbures-ahmadou-aly-et-mbayang-thiam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/2026\/07\/27\/transition-energetique-afrique-quelle-efficacite-pour-les-restrictions-sur-le-financement-des-hydrocarbures-ahmadou-aly-et-mbayang-thiam\/","title":{"rendered":"Transition \u00e9nerg\u00e9tique Afrique. Quelle efficacit\u00e9 pour les restrictions sur le financement des hydrocarbures ? (Ahmadou Aly MBAYE et Mbayang THIAM)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis plusieurs ann\u00e9es maintenant, la plupart des banques internationales de d\u00e9veloppement rechignent \u00e0 financer le secteur des hydrocarbures en Afrique. L\u2019objectif affich\u00e9 est de favoriser la transition vers des sources plus durables que le fossile. Alors que le r\u00e9alisme d\u2019une telle d\u00e9marche reste discutable, elle comporte \u00e9galement l\u2019inconv\u00e9nient de pousser les pays africains \u00e0 compter, presque exclusivement, sur les majors p\u00e9troli\u00e8res pour exploiter leurs hydrocarbures\u00a0; ce qui rench\u00e9rit les co\u00fbts de financement et p\u00e8se n\u00e9gativement sur le partage des revenus. Notre point de vue est qu\u2019en plus d\u2019\u00eatre in\u00e9quitables, ces restrictions sont improductives. En permettant au continent d\u2019exploiter plus efficacement ses hydrocarbures, il serait mis en meilleure position pour valoriser ses immenses ressources renouvelables et, de ce fait, acc\u00e9l\u00e9rer sa convergence vers le net z\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La double contrainte de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et du changement climatique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9veloppement de la base industrielle africaine et la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9, sont deux objectifs de l\u2019agenda 2063 et des ODD (Objectifs de D\u00e9veloppement Durable) qui tous les deux, butent sur le faible acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie des pays du continent. 85 % du d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique mondial est aujourd\u2019hui concentr\u00e9 en Afrique, contre 50 % en 2010 (Global Carbon Project, Global Carbon Budget 2024). En Afrique de l\u2019Ouest, seules 42 % des populations ont acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, et \u00e0 peine 8 % en zone rurale (4% dans les zones rurales en Sierra L\u00e9one), avec de profondes disparit\u00e9s entre pays, allant de 13 % au Burkina Faso \u00e0 96 % au Cap-Vert. Avec environ 180 kWh par habitant et par an, l\u2019Africain moyen atteint environ 5 % du niveau de consommation du citoyen mondial moyen (estim\u00e9 \u00e0 3500 kWH\/an) et 1 % de celui de l\u2019Am\u00e9ricain moyen (estim\u00e9 \u00e0 plus de 12500 KWH\/an). \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019intelligence artificielle et les cha\u00eenes de blocs, particuli\u00e8rement gourmandes en \u00e9lectricit\u00e9, se d\u00e9veloppent en excluant le continent, cette fracture d\u00e9j\u00e0 abyssale risque de devenir proprement scandaleuse.Cette iniquit\u00e9 se double d\u2019une in\u00e9galit\u00e9 tout aussi criante en mati\u00e8re d\u2019\u00e9missions. L\u2019Afrique ne contribue qu\u2019\u00e0 hauteur de 3,8 % des \u00e9missions mondiales pour 17 % de la population, tout en se r\u00e9chauffant environ 1,5 fois plus vite que le reste du monde. Inondations, s\u00e9cheresses prolong\u00e9es et autres catastrophes, r\u00e9sultant du changement climatique, contribuent ainsi \u00e0 une s\u00e9v\u00e8re ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire touchant plus de 60 millions de personnes. Malgr\u00e9 une contribution de loin inf\u00e9rieure et des effets subis de loin sup\u00e9rieurs, le continent fait donc face \u00e0 une double peine avec les restrictions impos\u00e9es au financement de ses hydrocarbures. Celles-ci ignorent d\u2019ailleurs les \u00e9normes disparit\u00e9s entre pays, avec par exemple, un pays comme l\u2019Afrique du Sud concentrant \u00e0 elle seule 40 % des \u00e9missions du continent. Elles ne font pas davantage de diff\u00e9rence entre le p\u00e9trole et le gaz, alors que ce dernier contient 45 \u00e0 50 % de carbone de moins que le charbon et 30 % de moins que le p\u00e9trole, sans produire ni fum\u00e9e, ni poussi\u00e8re, ni suie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les r\u00e9serves fossiles comme levier de financement<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le continent africain est loin de concentrer les plus importantes r\u00e9serves d\u2019hydrocarbures au monde, il en dispose suffisamment pour soulager les \u00e9normes contraintes de financement dont il fait face et, en m\u00eame temps, enclencher sa transition \u00e9nerg\u00e9tique. Par exemple, avec des r\u00e9serves prouv\u00e9es de gaz naturel repr\u00e9sentant 8 % du total mondial, le continent pourrait, au rythme actuel, assurer 56 ans de production, m\u00eame si plus de 80 % du gaz africain provient de trois pays seulement (\u00c9gypte, Nig\u00e9ria, Alg\u00e9rie). Les ressources renouvelables sont, elles, autrement plus consid\u00e9rables. Environ 60 % des meilleures ressources solaires mondiales se trouvent en Afrique, le seul Sahel re\u00e7oit plus de 2 000 kWh\/m\u00b2\/an d\u2019ensoleillement, et le potentiel hydro\u00e9lectrique de 350 GW n\u2019est exploit\u00e9 qu\u2019\u00e0 11 % (AIE, Africa Energy Outlook 2022). Le continent a d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 beaucoup progress\u00e9 dans sa transition \u00e9nerg\u00e9tique, malgr\u00e9 ses contraintes de financement. Par exemple, le Kenya atteint pr\u00e8s de 90 % de renouvelable gr\u00e2ce \u00e0 la g\u00e9othermie, le GERD \u00e9thiopien a r\u00e9alis\u00e9 5 150 MW essentiellement sur fonds propres et le Maroc a b\u00e2ti avec Noor l\u2019un des plus vastes complexes solaires \u00e0 concentration au monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le financement reste toutefois le principal goulot d\u2019\u00e9tranglement pour l\u2019Afrique, o\u00f9 m\u00eame le climat, pourtant consid\u00e9r\u00e9 comme un bien public global, dont les effets n\u2019\u00e9pargnent aucun pays du monde, est concern\u00e9. En, effet, les financements climatiques, qui culminent \u00e0 44 milliards de dollars par an, sont une goutte d\u2019eau par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tendue des besoins. \u00c0 l\u2019horizon 2030, le gap attendu entre le niveau et les besoins de financement est estim\u00e9 \u00e0 2 500 milliards de dollars (Climate Policy Initiative et FSD Africa 2024). Les quelques m\u00e9canismes disponibles &#8211; le Fonds vert pour le climat, les engagements de la BAD, les financements climat de l\u2019AFD, les obligations vertes, les \u00e9changes dette-climat et le march\u00e9 carbone &#8211; restent \u00e9tonnamment r\u00e9duits. Leur acc\u00e8s est de surcro\u00eet tr\u00e8s concentr\u00e9. Seuls dix pays africains captent 50 % de la finance climatique et 76 % des financements priv\u00e9s, l\u2019Afrique du Sud, l\u2019\u00c9gypte et le Nig\u00e9ria s\u2019adjugeant \u00e0 eux seuls la moiti\u00e9 de ces derniers.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est \u00e0 noter que le financement climatique concerne \u00e0 la fois l\u2019att\u00e9nuation (visant \u00e0 aider les pays \u00e0 r\u00e9duire leurs niveaux d\u2019\u00e9mission) que l\u2019adaptation (visant \u00e0 aider les pays \u00e0 correctement prendre en charge les effets du changement climatique sur leurs \u00e9conomies et soci\u00e9t\u00e9s). Il est clair que du fait de ses niveaux d\u2019\u00e9missions tr\u00e8s faibles, contrastant avec les effets d\u00e9vastateurs du changement climatique sur ses \u00e9conomies, le continent africain a raisonnablement besoin de plus de financement pour l\u2019adaptation que pour l\u2019att\u00e9nuation. D\u2019ailleurs, les pays d\u00e9velopp\u00e9s et \u00e9mergents, principaux responsables de la crise climatique \u00e0 laquelle l\u2019humanit\u00e9 fait actuellement face, semblent l\u2019avoir bien compris. Ils ont, en effet, toujours pris des engagements tr\u00e8s fermes pour financer l\u2019adaptation afin&nbsp;&nbsp;d\u2019\u00e9viter que le fardeau suppl\u00e9mentaire du changement climatique sur les efforts de d\u00e9veloppement des pays \u00e0 faible revenu ne soit port\u00e9 exclusivement par ceux-ci. Mais ces promesses n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 suivies d\u2019effet. De sorte que si le financement climatique, en g\u00e9n\u00e9ral, mobilise des montants tr\u00e8s r\u00e9duits, le financement destin\u00e9 \u00e0 l\u2019adaptation en constitue la portion congrue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 du financement climatique, le continent fait face \u00e0 des d\u00e9fis beaucoup plus importants de financement de ses \u00e9conomies, avec un taux d\u2019investissement moyen de seulement 22 % du PIB contre 35 % en Asie, contrastant avec une \u00e9pargne nationale tomb\u00e9e de 30 \u00e0 20 %, un service de la dette qui a plus que doubl\u00e9 depuis 2010 et une dette d\u00e9passant 60 % du PIB (132 % pour le S\u00e9n\u00e9gal). Face \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 de ces besoins, il est difficile d\u2019envisager une \u00e9conomie d\u00e9carbon\u00e9e \u00e0 horizon de cinquante ans, toutes choses \u00e9gales par ailleurs. Une exploitation plus optimale des ressources fossiles, adoss\u00e9e \u00e0 des m\u00e9canismes de financement mieux adapt\u00e9s, permettrait, au contraire de booster significativement les investissements dans le renouvelable.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le cas du S\u00e9n\u00e9gal<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es maintenant, la plupart des banques internationales de d\u00e9veloppement rechignent \u00e0 financer le secteur des hydrocarbures en Afrique. L\u2019objectif affich\u00e9 est de favoriser la transition vers des sources plus durables que le fossile. 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