{"id":558,"date":"2026-08-11T07:45:22","date_gmt":"2026-08-11T07:45:22","guid":{"rendered":"https:\/\/iafdd.org\/?p=558"},"modified":"2026-08-11T07:45:23","modified_gmt":"2026-08-11T07:45:23","slug":"defi-des-politiques-publiques-en-afrique-quel-role-pour-les-think-tanks","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/2026\/08\/11\/defi-des-politiques-publiques-en-afrique-quel-role-pour-les-think-tanks\/","title":{"rendered":"D\u00e9fi des politiques publiques en Afrique : Quel r\u00f4le pour les Think Tanks ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Afrique, la volont\u00e9 de s\u2019\u00e9manciper des modes de repr\u00e9sentation coloniale et de d\u00e9velopper une pens\u00e9e politique endog\u00e8ne, a toujours \u00e9t\u00e9 not\u00e9e de la part des \u00e9lites politiques et intellectuelles. Si dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019ind\u00e9pendance, intellectuels et politiques ont essay\u00e9 de faire converger leurs d\u00e9marches pour promouvoir la r\u00e9flexion interne dans les prises de d\u00e9cision politiques, une c\u00e9sure s\u2019est rapidement op\u00e9r\u00e9e entre ces deux cat\u00e9gories sociales, avec comme cons\u00e9quences un d\u00e9ficit notoire d\u2019efficacit\u00e9 dans les politiques publiques et une remarquable d\u00e9connexion entre l\u2019agenda politique poursuivi par les Etats et les aspirations de la soci\u00e9t\u00e9. Une meilleure articulation entre les sph\u00e8res d\u00e9cisionnelles et les\u00a0<em>Think Tanks<\/em>\u00a0pourrait positivement changer la trajectoire \u00e9conomique de nos pays.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9flexion strat\u00e9gique et efficacit\u00e9 de l\u2019action publique en Afrique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la conclusion de son livre s\u00e9minal (\u00ab&nbsp;la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb), l\u2019\u00e9conomiste britannique John Maynard Keynes souligne l\u2019importance des id\u00e9es pour l\u2019action publique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les id\u00e9es des \u00e9conomistes et des philosophes politiques, qu&#8217;elles soient justes ou erron\u00e9es, sont plus puissantes qu&#8217;on ne le croit g\u00e9n\u00e9ralement. \u00c0 vrai dire, le monde est presque exclusivement men\u00e9 par elles. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, s\u2019il s\u2019\u00e9coulait souvent beaucoup de temps avant que les id\u00e9es ne finissent par influencer l\u2019action publique, les modes de fonctionnement des Etats allait compl\u00e8tement changer, apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. En effet, l\u2019\u00e9mergence des&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>&nbsp;aux USA, dans les ann\u00e9es 50, a totalement r\u00e9volutionn\u00e9 la mani\u00e8re dont les politiques publiques \u00e9taient d\u00e9sormais con\u00e7ues, mises en \u0153uvre et \u00e9valu\u00e9es dans les \u00e9conomies modernes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Afrique, contrairement \u00e0 ce qui est observ\u00e9 dans les autres r\u00e9gions du monde, la faible efficacit\u00e9 de l\u2019action publique est perceptible \u00e0 tous les niveaux. L\u2019indice de d\u00e9veloppement financier est au moins deux fois plus faible que dans les autres r\u00e9gions du monde. L\u2019\u00e9pargne nationale brute rapport\u00e9e au PIB atteint \u00e0 peine 15% en Afrique au moment o\u00f9 elle se situe \u00e0 environ 40% en Asie de l\u2019Est. Le taux d\u2019investissement priv\u00e9 en rapport avec le PIB n\u2019est que de 14.8%, contre 35 en Asie. Les pertes de ressources li\u00e9es \u00e0 la faible efficience des investissements publics sont \u00e9valu\u00e9es \u00e0 300 milliards de dollars, soit un taux de&nbsp;<strong>41 %<\/strong>, contre une moyenne mondiale de&nbsp;<strong>14 %<\/strong>,&nbsp;<strong>9 %<\/strong>&nbsp;en Am\u00e9rique latine et&nbsp;<strong>3 %<\/strong>&nbsp;en Asie (BAD 2026). Quel que soit le secteur d\u2019activit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9, lorsqu\u2019on rapporte les d\u00e9penses engag\u00e9es aux r\u00e9sultats obtenus, les performances sont toujours moins favorables que dans les r\u00e9gions de comparaison.S\u2019il est vrai que ces faibles r\u00e9sultats proc\u00e8dent de plusieurs facteurs, l\u2019absence d\u2019une r\u00e9flexion strat\u00e9gique sous-tendant l\u2019action publique en est une cause profonde. La r\u00e9alit\u00e9 du monde devient de plus en plus complexe, avec l\u2019\u00e9mergence de nouveaux d\u00e9fis comme les enjeux climatiques ou de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, l\u2019extr\u00e9misme violent et les menaces qu\u2019il pose sur les syst\u00e8mes politiques, le profil de croissance, la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s, etc. Sans un diagnostic pr\u00e9cis assorti d\u2019un tableau de bord adapt\u00e9, le foss\u00e9 s\u00e9parant les \u00e9conomies africaines du reste du monde risque de s\u2019\u00e9largir chaque jour un peu plus.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une inqui\u00e9tante d\u00e9connexion entre la recherche et la prise de d\u00e9cision<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Afrique, les intellectuels, en g\u00e9n\u00e9ral, sont souvent rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la prise de d\u00e9cision publique et contraints de mettre leurs comp\u00e9tences au service des bailleurs de fonds internationaux, tandis que les d\u00e9cideurs publics n&#8217;acc\u00e8dent aux travaux de leurs propres chercheurs qu&#8217;indirectement, \u00e0 travers des rapports commandit\u00e9s par les partenaires ext\u00e9rieurs. La recherche, sur le continent, est encore principalement financ\u00e9e par des fonds \u00e9trangers, affectant n\u00e9gativement le choix des priorit\u00e9s de recherche et l&#8217;ind\u00e9pendance des chercheurs. Dans le m\u00eame temps, de nombreux dirigeants africains, m\u00eame les plus souverainistes se trouvent toujours des sherpas \u00e9trangers. L\u2019\u00e9valuation men\u00e9e par l\u2019ancien secr\u00e9taire Ex\u00e9cutif du CODESRIA, feu&nbsp;Thandika Mkandawire apporte des \u00e9clairages fort utiles \u00e0 ce propos. Il montre, en effet, le r\u00f4le jou\u00e9 par les&nbsp;\u00ab Fabian Socialists \u00bb aupr\u00e8s de Julius Nyerere, par George Padmore et W. E. B. Du Bois aupr\u00e8s de Kwame Nkrumah, ou encore John Hatch aupr\u00e8s de Kenneth Kaunda, prouvant ainsi comment l\u2019expertise \u00e9trang\u00e8re a toujours pris le dessus sur celle nationale en d\u00e9pit des d\u00e9clamations souverainistes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon une \u00e9valuation de la Banque mondiale (1989), \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, plus de&nbsp;<strong>100 000 conseillers expatri\u00e9s&nbsp;<\/strong>travaillaient dans le secteur public de quarante pays africains, pour un co\u00fbt total d&#8217;environ&nbsp;<strong>4 milliards de dollars<\/strong>, soit pr\u00e8s de&nbsp;<strong>35 % de l&#8217;enveloppe totale de l&#8217;aide publique au d\u00e9veloppement, dans<\/strong>&nbsp;la m\u00eame p\u00e9riode. Dans une r\u00e9cente litt\u00e9rature \u00e9conomique, il est constat\u00e9 que la maitrise de l\u2019environnement politique et social imm\u00e9diat des pays est essentielle pour comprendre leurs dynamiques \u00e9conomiques et concevoir des politiques publiques pertinentes. Les politiques les plus efficaces sont g\u00e9n\u00e9ralement celles qui reposent sur une approche holistique, prenant en compte les facteurs humains et culturels ainsi que les relations de pouvoir, \u00e0 l\u2019interne. Joseph Stiglitz a expliqu\u00e9 comment son s\u00e9jour au Kenya l\u2019a expos\u00e9 \u00e0 un contexte sp\u00e9cifique ayant inspir\u00e9 l\u2019\u00e9laboration de sa th\u00e9orie de l\u2019information, lui ayant valu le Prix Nobel d\u2019Economie. Son coll\u00e8gue de Harvard, Dani Rodrik, impute \u00e0 la faible prise en compte des r\u00e9alit\u00e9s propres aux pays en d\u00e9veloppement, la faille la plus catastrophique de la discipline \u00e9conomique contemporaine. Il est clair qu\u2019en s&#8217;appuyant sur leur connaissance approfondie des contextes nationaux et locaux, tout en d\u00e9veloppant de solides capacit\u00e9s intellectuelles et techniques, les&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>&nbsp;africains peuvent r\u00e9pondre aux besoins des d\u00e9cideurs publics, en mati\u00e8re de renforcement des capacit\u00e9s, d&#8217;\u00e9laboration de politiques fond\u00e9es sur la science et de valorisation des r\u00e9sultats de la recherche.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Renforcer les\u00a0<em>Think Tanks<\/em>\u00a0africains pour optimiser l\u2019efficacit\u00e9 des politiques publiques<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9sultats des enqu\u00eates men\u00e9es sur le sujet r\u00e9v\u00e8lent un fort int\u00e9r\u00eat, tant de la part des d\u00e9cideurs politiques que du grand public africain, pour des informations concr\u00e8tes susceptibles d&#8217;\u00e9clairer l&#8217;action publique. Selon les enqu\u00eates men\u00e9es par la&nbsp;<strong>Think Tank Initiative (TTI)<\/strong>&nbsp;aupr\u00e8s de plusieurs communaut\u00e9s africaines, les besoins en informations probantes sont particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9s, en particulier, dans les domaines de l\u2019\u00e9conomie, de l&#8217;agriculture et de l&#8217;\u00e9ducation. Compar\u00e9s aux autres organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, les Think Tanks occupent une place marginale dans le paysage public africain. Par exemple au S\u00e9n\u00e9gal, l\u2019\u00e9valuation faite par l\u2019IPAR d\u00e9nombre seulement 15&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>, alors que d\u2019autres \u00e9tudes estiment le nombre d\u2019organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (OSC) \u00e0 presque 12.000. Selon certaines estimations, pr\u00e8s de&nbsp;<strong>60 % des&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>africains<\/strong>&nbsp;pr\u00e9sentent un risque \u00e9lev\u00e9 de disparition \u00e0 court ou moyen terme, en raison de plusieurs facteurs, notamment la fuite des cerveaux, un fort taux de rotation du personnel et, surtout, l&#8217;instabilit\u00e9 de leurs sources de financement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9fi du financement est particuli\u00e8rement aigu dans la mesure o\u00f9 ni les gouvernements ni le secteur priv\u00e9 ne financent v\u00e9ritablement les&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>. La plupart de ces organisations d\u00e9pendent des subventions accord\u00e9es par les bailleurs de fonds du Nord global, principalement sous la forme de projets de courte dur\u00e9e. En Afrique, pr\u00e8s de&nbsp;<strong>80 % parmi eux&nbsp;<\/strong>d\u00e9clarent \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 de graves contraintes financi\u00e8res. Environ&nbsp;<strong>60 %<\/strong>&nbsp;d&#8217;entre eux fonctionnent avec un budget annuel inf\u00e9rieur \u00e0&nbsp;<strong>100 000 dollars am\u00e9ricains (environ 50 millions FCFA)<\/strong>, contre moins de&nbsp;<strong>35 %<\/strong>&nbsp;en moyenne dans les autres pays en d\u00e9veloppement. Ils sont donc contraints de se livrer \u00e0 une concurrence intense entre eux-m\u00eames et avec d\u2019autres acteurs pour acc\u00e9der aux ressources mises \u00e0 disposition par les bailleurs de fonds internationaux. Le risque de capture politique est \u00e9galement particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 en Afrique. Les gouvernements, les partis d&#8217;opposition et divers groupes d&#8217;int\u00e9r\u00eat, peuvent chercher \u00e0 orienter les travaux des&nbsp;<em>Think Tanks,<\/em>&nbsp;en fonction de leurs propres agendas, au risque de compromettre la rigueur scientifique et la neutralit\u00e9 de la recherche. \u00c0 l&#8217;inverse, de nombreux gouvernements per\u00e7oivent les&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>&nbsp;comme les relais d&#8217;int\u00e9r\u00eats ou de puissances hostiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour att\u00e9nuer ces risques, les&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>&nbsp;devraient se doter de codes de conduite et de politiques \u00e9thiques rigoureux, garantissant l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 de la recherche. Leur action doit demeurer fond\u00e9e sur les faits et solidement ancr\u00e9e dans l&#8217;analyse scientifique. Ils gagneraient \u00e9galement \u00e0 d\u00e9velopper des partenariats avec les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, lorsque leurs mandats sont compl\u00e9mentaires, afin de renforcer leurs capacit\u00e9s de diffusion, de plaidoyer et d&#8217;influence. Une int\u00e9gration plus importante des&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>&nbsp;avec les services de l\u2019administration publique pourrait \u00eatre envisag\u00e9e, pour mieux assurer leur influence sur les politiques publiques. Cette proximit\u00e9 comporterait cependant des risques : outre l&#8217;atteinte potentielle \u00e0 leur ind\u00e9pendance, un changement de r\u00e9gime peut entra\u00eener une rupture de confiance, voire une hostilit\u00e9 ouverte de la part des nouvelles autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes ces consid\u00e9rations appellent \u00e0 la constitution de larges forums nationaux et r\u00e9gionaux regroupant&nbsp;<em>Think Tanks<\/em>, d\u00e9cideurs politiques, soci\u00e9t\u00e9 civile et partenaires au d\u00e9veloppement pour analyser les enjeux de l\u2019heure, d\u00e9finir les priorit\u00e9s publiques et les meilleures solutions et strat\u00e9gies de mise en \u0153uvre.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Afrique, la volont\u00e9 de s\u2019\u00e9manciper des modes de repr\u00e9sentation coloniale et de d\u00e9velopper une pens\u00e9e politique endog\u00e8ne, a toujours \u00e9t\u00e9 not\u00e9e de la part des \u00e9lites politiques et intellectuelles. 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