{"id":574,"date":"2026-09-08T11:10:16","date_gmt":"2026-09-08T11:10:16","guid":{"rendered":"https:\/\/iafdd.org\/?p=574"},"modified":"2026-09-08T11:10:17","modified_gmt":"2026-09-08T11:10:17","slug":"gestion-de-la-dette-au-senegal-apres-laccord-avec-le-fmi-bien-negocier-les-prochaines-etapes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iafdd.org\/index.php\/2026\/09\/08\/gestion-de-la-dette-au-senegal-apres-laccord-avec-le-fmi-bien-negocier-les-prochaines-etapes\/","title":{"rendered":"Gestion de la dette au S\u00e9n\u00e9gal : apr\u00e8s l\u2019accord avec le FMI, bien n\u00e9gocier les prochaines \u00e9tapes"},"content":{"rendered":"\n\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un examen, m\u00eame rapide de la situation \u00e9conomique et financi\u00e8re du S\u00e9n\u00e9gal, montre que le pays n\u2019avait manifestement plus les moyens de garder le statut quo. Jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2024, la dette bilat\u00e9rale et multilat\u00e9rale, contract\u00e9e \u00e0 des conditions concessionnelles par l\u2019administration centrale, repr\u00e9sentait 57% de l\u2019encours contre seulement 19% (35% pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire) pour les Eurobonds, selon le Bulletin statistique de la dette publique, publi\u00e9 par le gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal, en 2026. Soit une structure bien meilleure que celle de beaucoup d\u2019autres pays africains. Mais depuis la r\u00e9v\u00e9lation de la \u00ab&nbsp;dette cach\u00e9e&nbsp;\u00bb et la suspension du programme avec le FMI qui en a r\u00e9sult\u00e9, le pays est devenu isol\u00e9 des march\u00e9s internationaux de capitaux et ne comptait plus que sur les march\u00e9s domestique et r\u00e9gional pour couvrir ses besoins de financement. Le ratio de la dette domestique \u00e0 celle \u00e9trang\u00e8re est ainsi pass\u00e9e de 22% en 2019 \u00e0 plus de 40% \u00e0 la fin 2024, selon la m\u00eame source. M\u00eame si elle n\u2019est pas pay\u00e9e en devises, cette dette correspond \u00e0 des niveaux de maturit\u00e9 et de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat beaucoup plus d\u00e9favorables. Cette situation, outre le fait de transf\u00e9rer progressivement le risque syst\u00e9mique national \u00e0 la r\u00e9gion UEMOA, exposait le pays \u00e0 une insolvabilit\u00e9 certaine, \u00e0 court terme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De plus, m\u00eame si les statistiques officielles n\u2019en r\u00e9v\u00e8lent toute l\u2019ampleur, les TRS (Total Return Swaps), qui ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s ces derniers temps, ont d\u00fb contribuer \u00e0 davantage d\u00e9grader la structure de la dette, en m\u00eame temps qu\u2019ils confirmaient la fragilit\u00e9 de la situation financi\u00e8re du pays. Enfin, certaines \u00e9ch\u00e9ances de dette se rapprochaient dangereusement, impliquant des moyens abyssaux, au moment o\u00f9 une conjoncture \u00e9conomique nationale morose limitait les possibilit\u00e9s d\u2019am\u00e9liorer la mobilisation des ressources domestiques. Le service de la dette projet\u00e9, sur la base des engagements pris, repr\u00e9sente, ainsi, 5498 milliards de FCFA en 2026, avec 25% du budget pour les seules charges d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, m\u00eame si les bailleurs bilat\u00e9raux et multilat\u00e9raux n\u2019avaient pas officiellement suspendu leurs engagements vis-\u00e0-vis du S\u00e9n\u00e9gal, la mise en \u0153uvre de beaucoup de leurs programmes aurait \u00e9t\u00e9 g\u00ean\u00e9e, incontestablement, par les retards cons\u00e9quents de remboursement observ\u00e9s pour certaines cr\u00e9ances.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concernant les perspectives de croissance \u00e0 long terme et de d\u00e9veloppement, le spectre des \u00ab&nbsp;d\u00e9cennies perdues&nbsp;\u00bb des ann\u00e9es 80 et 90 planait s\u00e9rieusement sur l\u2019avenir \u00e9conomique du pays. En effet, pour 2026, le taux de croissance est projet\u00e9 \u00e0 2,5%, les transferts de revenus au profit des m\u00e9nages pauvres \u00e9taient devenus incertains, et les investissements publics comme priv\u00e9s se sont dangereusement r\u00e9duits.&nbsp;L\u2019accord conclu avec le FMI permettra, certainement, de desserrer l\u2019\u00e9tau sur les finances et sur l\u2019\u00e9conomie du pays et ouvrira de nouvelles perspectives, qui bien g\u00e9r\u00e9es, pourraient \u00eatre plus favorables pour sa cr\u00e9dibilit\u00e9 financi\u00e8re et son d\u00e9veloppement \u00e0 long terme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019accord sign\u00e9 avec le FMI, sous r\u00e9serve de sa validation par son Conseil d\u2019administration, ne cl\u00f4t pas le chapitre de la gestion de la crise, mais en ouvre une nouvelle page.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier d\u00e9fi que le S\u00e9n\u00e9gal, ses cr\u00e9anciers et le FMI auront \u00e0 g\u00e9rer, concerne la dur\u00e9e des n\u00e9gociations n\u00e9cessaires pour aboutir \u00e0 un r\u00e9am\u00e9nagement de la dette. Dans le cas de la Zambie, la p\u00e9riode de traitement de la dette a \u00e9t\u00e9 de quatre ans, de trois ans et demi pour le Ghana et de 2 ans pour le Sri Lanka. Certaines cr\u00e9ances, trait\u00e9es de mani\u00e8re prioritaire sur les autres, donnent, en effet, \u00e0 certains bailleurs, l\u2019impression qu\u2019ils subventionnent les autres, contribuant ainsi \u00e0 la d\u00e9licatesse des n\u00e9gociations. D\u2019autant plus que le r\u00e9am\u00e9nagement implique souvent des coupes sur le principal de certaines cr\u00e9ances (<em>hair cuts<\/em>), provoquant des discussions ardues sur un partage concert\u00e9 des charges li\u00e9es \u00e0 ces pertes de cr\u00e9ances.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parall\u00e8lement, les cr\u00e9anciers priv\u00e9s, souvent tr\u00e8s nerveux \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir \u00e0 consentir des efforts sur la valeur de leurs cr\u00e9ances ou les conditions de remboursement, h\u00e9sitent \u00e0 prendre de nouveaux engagements envers le pays d\u00e9biteur. Ce qui fait que les pays, en phase de discussion sur le r\u00e9am\u00e9nagement de leurs dettes, sont souvent coup\u00e9s des march\u00e9s internationaux de capitaux. Pour le cas du S\u00e9n\u00e9gal, qui \u00e9tait de toute fa\u00e7on isol\u00e9 des march\u00e9s internationaux depuis la r\u00e9v\u00e9lation de la \u00ab&nbsp;dette cach\u00e9e&nbsp;\u00bb, l\u2019impact de ce facteur est minimis\u00e9. Un autre bon point pour le S\u00e9n\u00e9gal, c\u2019est que le march\u00e9 r\u00e9gional, qui a depuis lors servi de relais, n\u2019est apparemment pas concern\u00e9 par le r\u00e9am\u00e9nagement de la dette. Cela devrait permettre \u00e0 l\u2019Etat d\u2019y maintenir sa cr\u00e9dibilit\u00e9. Signalons que dans le cas de beaucoup de pays, le syst\u00e8me bancaire interne a fait partie int\u00e9grante des plans de r\u00e9am\u00e9nagement. Et cette situation avait conduit \u00e0 des pertes de cr\u00e9ances pour les banques nationales et une perte de cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019Etat vis-\u00e0-vis de son propre syst\u00e8me bancaire. Pour le cas du Ghana, par exemple, cela s\u2019est traduit par une r\u00e9duction significative des engagements du syst\u00e8me bancaire national vis-\u00e0-vis de l\u2019Etat, dans la p\u00e9riode post-r\u00e9am\u00e9nagement.&nbsp;Enfin, un autre point des n\u00e9gociations que le S\u00e9n\u00e9gal devrait suivre avec beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat est le co\u00fbt de tout r\u00e9am\u00e9nagement pour le pays d\u00e9biteur. Souvent, les pays d\u00e9biteurs, comme leurs cr\u00e9anciers, se font assister lors des n\u00e9gociations par des cabinets-conseils. Le seul probl\u00e8me, c\u2019est que les d\u00e9biteurs paient aussi pour leurs cr\u00e9anciers, selon les normes internationales \u00e9tablies. Ces paiements cumul\u00e9s, souvent confidentiels, repr\u00e9sentent parfois des proportions \u00e9normes des b\u00e9n\u00e9fices tir\u00e9s des n\u00e9gociations entre d\u00e9biteurs et cr\u00e9anciers. Par exemple, les paiements consentis par le Sri Lanka \u00e0 ses seuls conseillers se chiffrent \u00e0 plus de 11 millions de dollars contre 35 millions pour le Ghana et 45 millions pour la Zambie. Puisqu\u2019une bonne partie de ces co\u00fbts d\u00e9pendent aussi de la dur\u00e9e des n\u00e9gociations, une r\u00e9duction de celle-ci permettrait de, significativement, les minimiser.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les opportunit\u00e9s que S\u00e9n\u00e9gal pourrait saisir\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le nouveau cadre de gestion de la dette du G20, tout laisse indiquer que les le\u00e7ons tir\u00e9es des exp\u00e9riences r\u00e9centes de restructuration de la dette des pays en d\u00e9veloppement devront servir \u00e0 mieux pr\u00e9parer celles \u00e0 venir. Il serait en effet surprenant que malgr\u00e9 les critiques sur les longues p\u00e9riodes de n\u00e9gociations pour le traitement de la dette de pays comme le Ghana et la Zambie, les m\u00eames erreurs se r\u00e9p\u00e8tent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La diplomatie est un levier tr\u00e8s important que le S\u00e9n\u00e9gal pourrait activer et qui pourrait aider notamment vis-\u00e0-vis de ses cr\u00e9anciers. La Chine et la France, qui constituent les deux principaux bailleurs bilat\u00e9raux du S\u00e9n\u00e9gal, peuvent aussi jouer un r\u00f4le important, aux c\u00f4t\u00e9s des multiples autres pays amis du S\u00e9n\u00e9gal, dans les autres phases de n\u00e9gociations en vue de favoriser une solution qui ne porte pas pr\u00e9judice aux int\u00e9r\u00eats du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel que soit le cas de figure, une forme de consolidation budg\u00e9taire (r\u00e9duction des d\u00e9penses et am\u00e9lioration du recouvrement), sera n\u00e9cessaire pour d\u00e9gager un espace budg\u00e9taire visant \u00e0 faire face aux charges de la dette et, en m\u00eame temps, pr\u00e9server l\u2019investissement et les d\u00e9penses sociales. A mon avis, ceci ne devrait pas \u00eatre un sujet de pr\u00e9occupation, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il existe plusieurs niches de rationalisation budg\u00e9taire que le pays pourrait exploiter pour r\u00e9aliser des \u00e9conomies, g\u00e9n\u00e9rer des ressources suppl\u00e9mentaires, sans compromettre sa croissance \u00e0 long terme, ni le bien-\u00eatre de ses populations. Beaucoup d\u2019entreprises du secteur parapublic sont continuellement d\u00e9ficitaires et sous \u00e9ternelle perfusion financi\u00e8re. De m\u00eame, beaucoup d\u2019agences publiques ont encore du mal \u00e0 convaincre sur le bien-fond\u00e9 de leur mission. C\u2019est le moment pour l\u2019Etat de r\u00e9\u00e9valuer son portefeuille institutionnel, pour prendre les bonnes d\u00e9cisions sur les structures \u00e0 conserver ou non.De la m\u00eame mani\u00e8re, les co\u00fbteuses subventions sur l\u2019\u00e9nergie ne se justifient plus, au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9nergie renouvelable est devenue meilleur march\u00e9 et conna\u00eet une am\u00e9lioration cons\u00e9quente de sa technologie de production et de stockage. Orienter les subventions vers la cr\u00e9ation de capacit\u00e9s de long terme, dans ce domaine, serait une option plus pertinente. Dans la p\u00e9riode o\u00f9 nous vivons actuellement, il devient imp\u00e9ratif d\u2019identifier et d\u2019exploiter toutes les niches de rationalisation des d\u00e9penses et les opportunit\u00e9s de financement innovant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un examen, m\u00eame rapide de la situation \u00e9conomique et financi\u00e8re du S\u00e9n\u00e9gal, montre que le pays n\u2019avait manifestement plus les moyens de garder le statut quo. 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